article n°1/57
le 13/05/2009 à 10:27
les mots des autres
"Gouvernements du monde industriel, géants fatigués de chair et d'acier, je viens du cyberespace, nouvelle demeure de l'esprit. Au nom de l'avenir, je vous demande, à vous qui êtes du passé, de nous laisser tranquilles. Vous n'êtes pas les bienvenus parmi nous. Vous n'avez aucun droit de souveraineté sur nos lieux de rencontre.
Nous n'avons pas de gouvernement élu et nous ne sommes pas près d'en avoir un, aussi je m'adresse à vous avec la seule autorité que donne la liberté elle-même lorsqu'elle s'exprime. Je déclare que l'espace social global que nous construisons est indépendant, par nature, de la tyrannie que vous cherchez à nous imposer. Vous n'avez pas le droit moral de nous donner des ordres et vous ne disposez d'aucun moyen de contrainte que nous ayons de vraies raisons de craindre.
Les gouvernements tirent leur pouvoir légitime du consentement des gouvernés. Vous ne nous l'avez pas demandé et nous ne vous l'avons pas donné. Vous n'avez pas été conviés. Vous ne nous connaissez pas et vous ignorez tout de notre monde. Le cyberespace n'est pas borné par vos frontières. Ne croyez pas que vous puissiez le construire, comme s'il s'agissait d'un projet de construction publique. Vous ne le pouvez pas. C'est un acte de la nature et il se développe grâce à nos actions collectives.
Vous n'avez pas pris part à notre grande conversation, qui ne cesse de croître, et vous n'avez pas créé la richesse de nos marchés. Vous ne connaissez ni notre culture, ni notre éthique, ni les codes non écrits qui font déjà de notre société un monde plus ordonné que celui que vous pourriez obtenir en imposant toutes vos règles.
Vous prétendez que des problèmes se posent parmi nous et qu'il est nécessaire que vous les régliez. Vous utilisez ce prétexte pour envahir notre territoire. Nombre de ces problèmes n'ont aucune existence. Lorsque de véritables conflits se produiront, lorsque des erreurs seront commises, nous les identifierons et nous les réglerons par nos propres moyens. Nous établissons notre propre contrat social. L'autorité y sera définie selon les conditions de notre monde et non du vôtre. Notre monde est différent.
Le cyberespace est constitué par des échanges, des relations, et par la pensée elle-même, déployée comme une vague qui s'élève dans le réseau de nos communications. Notre monde est à la fois partout et nulle part, mais il n'est pas là où vivent les corps.
Nous créons un monde où tous peuvent entrer, sans privilège ni préjugé dicté par la race, le pouvoir économique, la puissance militaire ou le lieu de naissance.
Nous créons un monde où chacun, où qu'il se trouve, peut exprimer ses idées, aussi singulières qu'elles puissent être, sans craindre d'être réduit au silence ou à une norme.
Vos notions juridiques de propriété, d'expression, d'identité, de mouvement et de contexte ne s'appliquent pas à nous. Elles se fondent sur la matière. Ici, il n'y a pas de matière.
Nos identités n'ont pas de corps; ainsi, contrairement à vous, nous ne pouvons obtenir l'ordre par la contrainte physique. Nous croyons que l'autorité naîtra parmi nous de l'éthique, de l'intérêt individuel éclairé et du bien public. Nos identités peuvent être réparties sur un grand nombre de vos juridictions. La seule loi que toutes les cultures qui nous constituent s'accordent à reconnaître de façon générale est la Règle d'Or. Nous espérons que nous serons capables d'élaborer nos solutions particulières sur cette base. Mais nous ne pouvons pas accepter les solutions que vous tentez de nous imposer.
Aux États-Unis, vous avez aujourd'hui créé une loi, la loi sur la réforme des télécommunications, qui viole votre propre Constitution et représente une insulte aux rêves de Jefferson, Washington, Mill, Madison, Tocqueville et Brandeis. Ces rêves doivent désormais renaître en nous.
Vous êtes terrifiés par vos propres enfants, parce qu'ils sont les habitants d'un monde où vous ne serez jamais que des étrangers. Parce que vous les craignez, vous confiez la responsabilité parentale, que vous êtes trop lâches pour prendre en charge vous-mêmes, à vos bureaucraties. Dans notre monde, tous les sentiments, toutes les expressions de l'humanité, des plus vils aux plus angéliques, font partie d'un ensemble homogène, la conversation globale informatique. Nous ne pouvons pas séparer l'air qui suffoque de l'air dans lequel battent les ailes.
En Chine, en Allemagne, en France, en Russie, à Singapour, en Italie et aux États-Unis, vous vous efforcez de repousser le virus de la liberté en érigeant des postes de garde aux frontières du cyberespace. Ils peuvent vous préserver de la contagion pendant quelque temps, mais ils n'auront aucune efficacité dans un monde qui sera bientôt couvert de médias informatiques.
Vos industries de l'information toujours plus obsolètes voudraient se perpétuer en proposant des lois, en Amérique et ailleurs, qui prétendent définir des droits de propriété sur la parole elle-même dans le monde entier. Ces lois voudraient faire des idées un produit industriel quelconque, sans plus de noblesse qu'un morceau de fonte. Dans notre monde, tout ce que l'esprit humain est capable de créer peut être reproduit et diffusé à l'infini sans que cela ne coûte rien. La transmission globale de la pensée n'a plus besoin de vos usines pour s'accomplir.
Ces mesures toujours plus hostiles et colonialistes nous mettent dans une situation identique à celle qu'ont connue autrefois les amis de la liberté et de l'autodétermination, qui ont eu à rejeter l'autorité de pouvoirs distants et mal informés. Nous devons déclarer nos subjectivités virtuelles étrangères à votre souveraineté, même si nous continuons à consentir à ce que vous ayez le pouvoir sur nos corps. Nous nous répandrons sur la planète, si bien que personne ne pourra arrêter nos pensées.
Nous allons créer une civilisation de l'esprit dans le cyberespace. Puisse-t-elle être plus humaine et plus juste que le monde que vos gouvernements ont créé."
Davos (Suisse), le 8 février 1996.
John Perry Barlow, Cognitive Dissident Co-Founder, Electronic Frontier Foundation
Home (stead) Page: http://www.eff.org /~barlow
article n°2/57
le 23/12/2008 à 18:39
les mots des autres

The Boy with Nails in His Eyes
Put up his aluminium tree.
It looked pretty strange
Because he couldn't really see.
Tim Burton - The Melancholy Death of Oyster Boy & Other Stories - 1997
article n°3/57
le 08/10/2008 à 19:31
les mots des autres
« Les spéculateurs peuvent être aussi inoffensifs que des bulles d'air dans un courant régulier d'entreprise . Mais la situation devient sérieuse lorsque l'entreprise n'est plus qu'une bulle d'air dans le tourbillon spéculatif ». Keynes - Théorie générale - 1936
(…)La première Bourse moderne (moderne en particulier quant au volume des transactions) apparut cependant à Amsterdam au début du XVIIe siècle. Et ce fut dans le plat pays des Hollandais avec ses larges horizons, chez ce peuple austère et pondéré, que se produisit dans les années 1630 la première des grandes explosions spéculatives connues dans l'histoire. Elle reste jusqu'à ce jour l'une des plus remarquables. Mais elle ne porta pas sur les actions offertes en Bourse, ni sur l'immobilier, ni, comme on aurait pu croire, sur les superbes tableaux des grands maîtres hollandais. La spéculation porta sur les bulbes de tulipe, et elle est passée dans l'histoire depuis trois cent cinquante ans sous un nom bien à elle - la tulipomanie.
La tulipe - Tulipa de la famille du lis, les Liliacées, dont il existe environ 160 espèces - pousse à l'état sauvage dans les pays de la Méditerranée orientale et plus à l'est. Ses bulbes arrivèrent pour la première fois en Europe occidentale au XVIème siècle; un chargement parvenu de Constantinople à Anvers en 1562 aurait joué un rôle particulièrement important pour faire connaître et aimer largement cette fleur. Avec le temps, on l'aima vraiment beaucoup; un immense prestige fut bientôt associé à la possession et à la culture de la plante.
La spéculation, on l'a dit, survient lorsque l'imagination populaire se fixe sur quelque chose d'apparemment nouveau dans le domaine du commerce ou de la finance. La tulipe, belle, de couleurs variées, fut l'un des premiers supports qui servit à cet usage. Jusqu'à ce jour, elle reste l'un des plus étranges. Rien de plus improbable n'a jamais si merveilleusement contribué à l'illusion collective que nous examinons ici.
Toute l'attention se concentra sur la possession et l'exhibition des variétés les plus ésotériques. Et, si l'on aimait beaucoup les plus exceptionnelles de ces fleurs, on aima vite encore plus la hausse de prix que leur beauté et leur rareté imposaient. C'est pour cette hausse qu'on achetait à présent les bulbes et, vers le milieu des années 1630, elle semblait ne devoir connaître aucune limite.
Le rush pour investir engloutit la Hollande tout entière. Aucun individu doué d'un minimum d'ouverture d'esprit ne jugea pouvoir se permettre de rester hors course. Les prix étaient extravagants; en 1636, un bulbe jusque-là « sans valeur intrinsèque » pouvait s'échanger contre « un carrosse neuf, deux chevaux gris et leurs harnais ».
La spéculation se fit de plus en plus intense. Un bulbe pouvait maintenant changer de mains plusieurs fois à des prix en forte hausse et merveilleusement gratifiants alors qu'il était encore sous terre et que personne ne l'avait vu. Il y eut aussi des accidents terribles. Charles Mackay, dans Extraordinary Popular Delusions and the Madness of Crowds [Illusions collectives extraordinaires et la folie des foules], son ouvrage classique sur la spéculation (et autres manquements à la raison), se délecte à raconter l'histoire suivante, qu'il reprend des Voyages de Blainville : un jeune marin, venu annoncer l'arrivée dans le port d'une cargaison de marchandises du Levant, reçut du marchand en récompense un beau hareng rouge pour son petit déjeuner. Quelques instants plus tard, le marchand, qui participait à fond à la spéculation sur les tulipes, découvrit qu'il manquait un bulbe de Semper Augustus qui valait quelque 3 000 florins, c'est-à-dire la somme inimaginable de 25 000 à 50 000 dollars d'aujourd'hui. Il fit chercher le marin pour l'interroger, et on le trouva, tout content, en train de finir l'oignon - puisqu'il avait cru que c'en était un - avec le hareng.
Dans un passage particulièrement mémorable, Mackay décrit le climat dans le pays pendant la spéculation :
La demande pour les tulipes d'espèce rare augmenta tant au cours de l'année 1636 que des marchés réguliers pour leur vente furent ouverts à la Bourse d'Amsterdam, à Rotterdam, à Haarlem, à Leyde, à Alkmaar, à Hoorn et dans d'autres villes (... ) Au début, comme dans toutes ces folies du jeu, la confiance était au plus haut, et tout le monde gagnait. Les professionnels de la tulipe spéculaient sur la hausse et la baisse des stocks de tulipes, et faisaient de gros profits en achetant quand les prix tombaient et en revendant quand ils montaient. Beaucoup d'individus devinrent soudainement riches. Un appât en or massif pendait, alléchant, devant le nez des gens et, l'un après l'autre, ils se ruèrent sur les marchés aux tulipes comme des mouches sur un pot de miel. Tout le monde s'imaginait que la passion des tulipes durerait toujours, que les riches de tous les coins du monde enverraient leurs gens en Hollande et paieraient quelque prix qu'on puisse en demander. Toute la fortune de l'Europe viendrait se concentrer sur les rives du Zuiderzee, et la pauvreté serait bannie de l'heureux ciel de la Hollande. Nobles, bourgeois, paysans, mécaniciens, marins, valets de pied, femmes de chambre, même les ramoneurs et les vieilles fripières boursicotaient dans la tulipe. Des personnes de tout rang convertissaient leurs biens en argent liquide qu'ils investissaient dans les fleurs. Les maisons, les terres étaient mises en vente à des prix ridicules, ou assignées en paiement dans des affaires conclues sur le marché aux tulipes. Les étrangers furent pris de la même frénésie et l'argent afflua vers la Hollande de tous les horizons. Les prix des biens de première nécessité montèrent encore graduellement : maisons et terres, chevaux et voitures, produits de luxe de toute sorte s'apprécièrent avec eux et, pendant quelques mois, la Hollande parut l'antichambre même de Ploutos. Les opérations de ce commerce devinrent d'une telle ampleur et d'une telle complexité que l'on jugea nécessaire de rédiger un code juridique pour guider les parties (... ) Dans les plus petites villes, où il n'y avait pas de Bourse, la principale taverne du lieu était généralement choisie comme «scène du spectacle», où grands et petits négociaient les tulipes et confirmaient leurs marchés dans des banquets somptueux. Ces festins regroupaient parfois deux ou trois cents personnes, et de grands vases de tulipes épanouies étaient placés à intervalles réguliers sur les tables et les buffets pour le plaisir des yeux pendant le repas.
C'était merveilleux. Jamais dans leur histoire les Hollandais n'avaient semblé en position si favorable. Conformément aux règles immuables qui gouvernent ces épisodes, chaque hausse des prix persuadait plus de gens encore de prendre part à la spéculation. Cela justifiait les espérances de ceux qui y participaient déjà, pavant la voie pour encore plus de transactions et de hausses, et assurant encore plus d'enrichissements sans limite. Pour acheter, on empruntait ; les petits bulbes faisaient « levier » pour les gros prêts.
La fin arriva en 1637. Là encore, les règles de base mènent le jeu. Les sages et les nerveux commencèrent à prendre leurs distances, nul ne sait pourquoi ; d'autres les virent partir ; la ruée pour vendre se fit panique ; les prix tombèrent comme dans un précipice. Ceux qui avaient acheté, souvent en mettant leurs biens en gage pour obtenir un crédit - voici le levier -, furent soudain dépouillés de tout, ou en faillite. « Des marchands opulents furent réduits à une quasi-mendicité, et plus d'un représentant d'une noble lignée vit les destinées de sa maison irrémédiablement ruinées », écrit Mackay.
Au lendemain du krach, on tempêta, on récrimina, on chercha des boucs émissaires avec fureur - tout cela est normal -, et l'on ne mit pas moins d'acharnement à éviter toute mention de la folie collective qui était la vraie cause du drame. Ceux qui s'étaient engagés par contrat à acheter à des prix énormément gonflés manquèrent massivement à leur parole. Les vendeurs excédés cherchèrent à obtenir la mise à exécution de leurs contrats par voie de justice; les tribunaux, y voyant une sorte de pari, ne les aidèrent pas. Comme pour les banques et caisses d'épargne américaines qui ont fait faillite ces derniers temps, on se tourna alors vers l'ultime recours : l'État. Hélas, le seul remède eût été de rendre aux prix des bulbes leur niveau d'avant le krach, mais il était manifestement inapplicable, et les richissimes de la veille furent laissés avec leurs pertes.
Ils ne restèrent pas seuls dans leur malheur. L'effondrement du prix des tulipes et l'appauvrissement qui en résulta eurent un effet réfrigérant sur la vie économique hollandaise dans les années qui suivirent. Ils provoquèrent, dans la terminologie moderne, une très sérieuse récession. Il y eut un seul adoucissement : la culture de la tulipe se poursuivit en hollande, et de vastes marchés s'ouvrirent finalement pour les fleurs et les bulbes. Celui qui a vu, au printemps, les champs de tulipes de ce pays calme et plaisant gardera toujours le sentiment que la tulipomanie anticipait réellement la vraie grâce de la nature.
De J. K. Galbraith, Seuil 1992 - Brève histoire de l'euphorie financière - Chap 3 : La tulipomanie
article n°4/57
le 06/06/2008 à 17:09
les mots des autres
"Son watches father scan obituary columns in search of absent school friends
While his generation digests high fibre ignorance
Cowering behind curtains and the taped up painted windows
Decriminalised genocide, provided door to door Belsens
Pandora's box of holocausts gracefully cruising satellite infested heavens
Waiting, the season of the button, the penultimate migration
Radioactive perfumes, for the fashionably, for the terminally insane, insane
Do you realise? Do you realise?
Do you realise, this world is totally fugazi
Where are the prophets, where are the visionaries, where are the poets
To breach the dawn of the sentimental mercenary"
article n°5/57
le 29/11/2007 à 17:19
les mots des autres
"Si tu ne cours pas
C'est le froid qui t'endormira
Et si tu ne t'arrêtes pas
C'est le souffle qui te manquera
Et la mort
Te prendra
Sans savoir que tu n'y croyais pas
La neige
Lentement
Couvrira ton corps raide de froid
Ne pleure pas
Il ne faut pas
Car l'eau de tes yeux gèlera
Il faut croire
Jusqu'à la mort
Que l'inespéré viendra encore"
Les Rita Misouko - Rita Mitsouko - 1984
article n°6/57
le 27/10/2007 à 14:13
les mots des autres
"Les mots avec lesquels on empoisonne le cœur d'un enfant, par petitesse ou ignorance, restent enkystés dans sa mémoire et, tôt ou tard, lui brûlent l'âme."
Carlos Ruiz Zafón - L'Ombre du vent - 2001
article n°7/57
le 14/09/2007 à 22:52
les mots des autres
"Et les manufactures ont beau se recycler,
Y aura jamais assez de morphine pour tout le monde,
Surtout qu'à ce qu'on dit, vous aimez faire durer."
H.F.T. - Autorisation de délirer - 1979
article n°8/57
le 01/06/2007 à 04:29
les mots des autres
"Non, je ne me fiche pas de parler pour rien dire, d'écouter pour ne rien apprendre.
Je ne me fiche pas de voir dans les yeux des autres quelque chose d'éteint.
Je ne me fiche pas, assise à cette terrasse de café, de penser a faire autre chose sans profiter de l'endroit ou je suis à l'instant.
Je ne me fiche de rien, parce que tout me tient a cœur et parce que dans mon regard ça ne s'éteindra pas. Je veux que tout se consume a l'infini... Ça ne s'éteindra pas."
alison-yorke - Cowboy things and Rocky dreams ! - 5 avril 2007
article n°9/57
le 23/11/2006 à 23:12
les mots des autres
"Juste le temps de battre des cils
Un souffle, un éclat bleu
Un instant, qui dit mieux
L'équilibre est fragile
J'ai tout vu
Je n'ai rien retenu
Pendant que ton ombre
En douce te quitte
Entends-tu les autres qui se battent
A la périphérie
Et même si tes yeux
Dissolvent les comètes
Qui me passent une à une
Au travers de la tête
J'y pense encore
J'y pense"
article n°10/57
le 01/11/2006 à 14:07
les mots des autres
"La vie est la marée montante dont le flot chaque jour continue la création, achève l'œuvre du bonheur attendu, quand les temps seront accomplis. Le flux et le reflux des peuples ne sont que les périodes de la marche en avant ; les grands siècles lumière emportés, remplacés par des siècles noirs, marquent uniquement les étapes. Toujours un nouveau pas est fait, un peu plus de la terre conquis, un peu plus de la vie mis en œuvre. La loi semble être le double phénomène de la fécondité qui fait la civilisation et de la civilisation qui restreint la fécondité. Et l'équilibre en naitra, le jour où la terre entièrement habitée, défrichée, utilisée, aura rempli son destin. Et le divin rêve, l'utopie généreuse vole à plein ciel, la famille fondue dans la nation, la nation fondue dans l'humanité, un seul peuple fraternel faisant du monde une cité unique de paix, de vérité et de justice. Ah ! que l'éternelle fécondité monte toujours, que la semence humaine soit emportée par-dessus les frontières, aille peupler au loin les déserts incultes, élargisse l'humanité dans les siècles à venir, jusqu'au règne de la vie souveraine, maitresse enfin du temps et de l'espace !"
Émile Zola - Fécondité - 1899