J'ai eu soif...
J'ai bu.
Éternel recommencement, je multiplie les verres. Ivresse endormissement. D'alcoolique en chronique, en recherche d'artifices. Un monde dérivatif, une chimère idyllique. Alcool, ma pire amie. Et qui m'éloigne des autres, me ronge et me terrasse. Alcool, sordide compagne, déstructure et dérive. De boire-et-être-roi à boire-à-être-con, quelques années suffisent. Et j'ai... de la bouteille. Le gâchis consommé. Tant de revers de saoul, de hoquets malheureux, de fortunes englouties.
J'ai eu soif...
J'ai bu.
Et tout perdre à nouveau. Histoire répétition dans mes comas profonds. Et l'absence de souvenirs trahit mes lendemains. Mes cuites, mes décalages, à rebours de mes souhaits. Mes cuites, des mal-en-pis. Déjà tant de fois dis -stop- et pas su arrêter. Déjà tant de promesses aussitôt avortées. Je veux y croire encore et réguler enfin mon rapport à l'alcool. À consommer avec modération, leitmotiv en suspens. Je ne suis pas déjà prêt.
Abstinence.
Mon défi maintenant.
J'ai la nostalgie du temps où j'étais malheureux. Où, comme un triste sire, je pleurais sur mon sort. Je pleurais, tellement sûr, déshérité de l'amour. Et j'ai bu à tout rompre, mille excuses au compteur. La vie sans aucun sens, si ce n'est l'interdit. J'ai remué à l'époque. J'ai choqué mon paisible. J'ai dansé, maladif, sur des airs de déprime. J'ai pogoté mes larmes en hifi, mais sans bruit. Le casque, instrumental, le casque posologie. Le son en overdose d'hypocondries sournoises, et tenaces, et farouches, en procession de foi. J'ai changé de jamais, j'ai changé pour toujours.
Je ne suis plus malheureux. Dans l'atrophie mentale, et physique, psychotique, absurdie sans soucis. J'accorde et désaccorde, je stresse ou ne pas être. Je dérive en non-être.
Je tends des no-mans-and, des pièges de prépubères, j'invente des crises de risque. J'aime l'erreur et l'échec et le clash et la peur. Je flirte avec l'angoisse et la rupture me tente. Toujours sans concession, hors des sentiers sereins. J'ai l'espoir au dehors et ma tête reste ailleurs. Jamais ravi de rien, désespéré de tout, je continue mon pire. Monstre d'incongruité, je n'ai aucune pitié. J'intransige mon tangible, renforce mon caniveau, ma déroute en transit. Et je vieillis mon corps, mes rêves, mon utopie.
En complexé d'avance, mes excuses sont bravoures. Comme des restes bienfaisants. Je deviens innommable, je suis imprononçable. J'ai changé et je change. Pour un petit peu de mieux, j'ai multiplié le pire, complexifié mon cœur... Il a prit peur, tremblé, de pierre est devenu... L'armure est redoutable.
"Je n'ai rien à gagner, rien à perdre, même pas la vie, j'aime que la mort dans cette vie de merde, j'aime ce qui est cassé, détruit, j'aime surtout tout ce qui vous fait peur, la douleur et la nuit."
Déménager, aménager. Partir quelques jours. Des cartons qui se vident, des verres, des lieux communs. Et se remettre en route. Mettre en place, choisir.
Relancer la machine
Je détruis comme je créé, je détruis ce que je créé. Je ne laisse rien debout. Mon plaisir est malin à submerger l'adorable de sordide et de monstres.